Que se passera-t-il à la date buttoir donnée aux habitants de Togbin Daxo touchés par la mesure de déguerpissement annoncé ? Pour le moment, bien malin qui peut répondre à cette interrogation au regard de la complexité du dossier. 

Cette zone, situé le long de la route des pêches est dans l’œil du cyclone. Elle a fait l’objet d’occupations anarchiques compromettant entre autres la circulation des eaux de pluies. Les habitations ont bloqué les canaux naturels d’évacuation des eaux de pluie, provoquant d’importantes inondations et ralentissant le déploiement du programme d’asphaltage dans ce périmètre, explique Wilfried Léandre HOUNGBEDJI, le Ministre porte-parole du gouvernement. Cette volonté de reprise en main du littoral vise donc à réaménager entièrement les berges de Togbin et à rendre la lagune navigable sur tout le corridor aquatique reliant Cotonou à Ouidah, un chantier structurant destiné à transformer durablement le cadre de vie de cette zone côtière. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un départ brutal et sans solution car l’État prévoit le rachat des biens des propriétaires qui disposent de titres et de documents administratifs en règle et dont les habitations sont situées dans l’emprise des travaux, selon le gouvernement.

Mais la mesure passe mal au sein de l’opinion et des populations concernées. Ayant acquis leurs domaines et construit leurs maisons depuis plusieurs années, les habitants ciblés ne savent à quels saints se vouer. Dans les vidéos qui ont circulé, on voit des pères et mères de familles s’agenouiller en implorant la clémence du chef de l’Etat. La vidéo la plus virale est celle de cet enseignant qui est à quelques pas de son admission à la retraite et de son épouse qui s’interrogent sur leur avenir si le déguerpissement annoncé a effectivement lieu. Nombreux sont les citoyens qui sont dans cette situation et qui n’ont pas autre solution.  

 

 

 

Quel accueil pour les rachats annoncés ? 

Sur le terrain, les mesures de rachat ne rassurent pas trop les concernés car, au regard des réformes entreprises par le gouvernement, la détention des titres de propriété évoqués par l’Exécutif sont certainement ceux délivrés par l’Agence Nationale du Domaine et du Foncier (ANDF) or, peu de propriétaires terriens en disposent et continuent d’avoir à leur possession les anciennes conventions de vente. Dans ces conditions, la majorité n’a pas l’assurance d’être prise en compte dans la procédure de rachat. Les discussions avec quelques riverains dénotent leur inquiétude face à la mesure annoncée. « On a déjà vu ça ailleurs et nous avons peur », confie un propriétaire terrien. Pour certains, les prix d’achat que le gouvernement applique n’arrangent toujours pas les acquéreurs. « Ces prix sont fixés selon des critères que seul le gouvernement maitrise or dans un processus de négociation, l’avis du vendeur aussi compte », relève un autre acquéreur. 

 

Prioriser le social ou foncer à tout prix

Personne ne peut dénier à l’Etat son droit de procéder à des déguerpissements pour l’intérêt général. Il y a d’ailleurs dans le cas d’espèce, de sérieuses raisons de procéder ainsi sauf que le dossier parait plus complexe. D’abord le timing, vu que la décision de déguerpissement est bien récente et ne permet pas aux concernés de se préparer. Ensuite, s’étant installés depuis plusieurs années, ces habitants possèdent à coup sûr des titres de propriété qui peuvent ne pas être ceux demandés par le gouvernement mais restent quand même des documents officiels. En plus, ils n’ont jamais été inquiétés jusqu’à l’annonce de la mesure. A ce propos, tout en mesurant le désarroi des riverains installés de bonne foi, le Ministre Porte-Parole a pointé du doigt la négligence ou d’éventuelles complicités passées au sein de certains services de l’État, ayant favorisé ces installations illicites au fil des ans. Dans ces conditions et face au désastre annoncé, il faut vraiment prendre en compte les conséquences sociales de cette mesure de déguerpissement. Pour le Président Romuald WADAGNI, le choix sera difficile devant la nécessite de préserver l’environnement et d’assoir de grands projets. Mais pour autant, la dimension sociale qu’il priorise depuis son accession au pouvoir l’amène à prendre en considération les cris de cœur de ses mandants. Ce déguerpissement apparaît donc comme le premier test social de sa gouvernance.