Le profil des personnalités retenues illustre une volonté du président Wadagni de bâtir une institution où l’expérience d’État, la mémoire républicaine et les parcours de haut niveau constituent les principaux critères de sélection. En effet, dans la catégorie des responsables issus des Forces de défense et de sécurité désignés par le Président de la République, figurent notamment Alassane Seidou et Fortunet Alain Nouatin, deux personnalités connues pour avoir occupé des fonctions stratégiques au sommet de l’appareil sécuritaire et gouvernemental. Le premier a été ministre de l’intérieur et de la sécurité publique et un acteur clé dans la gestion de la tentative de coup d’Etat du 7 décembre 2026. Le second a été ministre de la défense pendant huit ans. Il a côtoyé les acteurs de la sécurité d’Etat et les secrets défense. A leurs côtés, l’Intendant général de brigade Robert Gbian, le Général de brigade aérienne Taffa Adam et le Capitaine de vaisseau major Albert Ezin Badou apportent une expertise militaire forgée au sein des structures de commandement et des mécanismes de sécurité nationale. La présence de ces acteurs traduit une vision de faire du Sénat un espace où l’expérience de gestion des crises, la culture stratégique et la connaissance des enjeux de souveraineté contribueront efficacement aux réflexions nationales. A la suite des responsables militaires et sécuritaires, se trouvent des personnalités politiques influentes de la République. Avec Ousmane Batoko, ancien président de la Cour suprême et personnalité respectée du monde judiciaire, le Sénat accueille une figure emblématique du droit et des institutions. Emmanuel Tiando, ancien président de la Commission électorale nationale autonome (CENA) et acteur politique de premier plan apporte une expertise avérée en matière de gouvernance électorale. Pascal Irénée Koupaki, ancien Premier ministre et haut responsable d’État, possède une solide expérience des questions économiques et administratives qui peuvent contribuer à édifier l’institution dans ses travaux. Paul Hounkpè, acteur majeur de la vie politique nationale, et Raïmi Amadou viennent compléter un ensemble marqué par des profils aux parcours diversifiés mais à forte dimension politique. Avec ces choix, le président de la République opte pour une dynamique de continuité tout en mettant un accent sur la qualité.
Bio Tchané, le grand absent
La surprise est venue de l’absence du Ministre d’Etat Bio Tchané. Personnalité politique majeure du pays, chef de parti et ancien ministre, il cumule des années d’expériences en finance en gestion administrative qui peuvent servir cette institution. Même si l’homme a été repêché au Conseil économique et social, cette compétence aura immanquablement manqué aux débats.
L’Assemblée nationale n’est pas en reste avec les désignations d’Adidjatou Mathys, ancienne ministre et personnalité politique expérimentée, d’Abraham Zinzindohoué, ancien ministre et ancien président d’institutions, de Sacca Lafia, ancien ministre et ancien président de la CENA, ainsi que de Charles Toko, figure connue de l’administration territoriale et de la gouvernance locale mais aussi du monde des medias.
À travers ces choix, l’image qui se dessine est celle d’un Sénat où se croisent plusieurs générations d’expérience : politique, administrative, sécuritaire, juridique et institutionnelle. Toutes ces personnalités désignées viendront s’ajouter aux membres de droit déjà prévus par les textes constitutionnels. Ces derniers constituent en quelque sorte la mémoire institutionnelle de la République. Ils comprennent les anciens Présidents de la République élus, notamment Nicéphore Soglo, Boni Yayi et Patrice Talon, ainsi que les anciens présidents de l’Assemblée nationale tels qu’Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou, Idji Kolawolé ou encore Mathurin Nago. S’y ajoutent également d’anciens présidents de la Cour constitutionnelle ayant exercé au moins la moitié de leur mandat, parmi lesquels Théodore Holo, Robert Dossou, Amouda Issifou et Élisabeth Pognon.
En clair, on connaît désormais le visage du Sénat. Toutes les personnalités devant y siéger sont désignées. Mais qui va présider cette institution? C'est la grosse question qui attend d\'avoir une réponse les jours à venir.
Adegoké RADJI
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